Du 5 au 8 février 2026, l’esplanade de l’alliance franco Camerounaise de Dschang a servi de cadre aux activités de la 4e édition du Festival International Reconnection. Dans un foisonnement d’activités aux couleurs particulières, l’avant-dernière journée de cette édition a su sortir du lot, notamment avec un programme mêlant performances rituelles, slam, concours littéraire et luttes traditionnelles.
Comme pour mieux mettre en scène le thème « Sociétés secrètes et monde contemporain : quel équilibre pour une cohabitation pacifique ? » retenue pour cette édition, toutes les activités de la journée ont su intégrer des ingrédients de la cohabitation mais aussi du respect des codes anciens, confirmant la volonté des organisateurs, dont le promoteur Dieuzyl Temdieu, de conjuguer patrimoine culturel et expression artistique contemporaine. Malgré une coupure d’électricité et quelques tensions organisationnelles ayant retardé les répétitions techniques, les artistes programmés ont pu effectuer leur filage grâce à la mise en marche d’un groupe électrogène.
Parmi les prestations musicales, Guy Tsopmo et MZM Mama Yemba, accompagnés par les Virtuoses du Basel Band, ont offert au public des sonorités mêlant langue yemba, pidgin English et français, dans une fusion musicale saluée par les spectateurs.
Performance rituelle et symbolique
L’un des moments marquants de la soirée a été la prestation de Nji Essongo, un artiste performeur venu de Nanga Eboko. Entre performance artistique et rituel traditionnel, l’artiste a mis en scène des symboles d’abondance (riz, farine de maïs), de création (argile)0de purification et de transformation des énergies. Des références au rituel Tso’ogo (cérémonie traditionnelle de purification, de guérison et de protection pratiquée chez les Eton) ont été perceptibles, notamment à travers l’usage de l’huile de palme et des éléments naturels : feu, eau, terre et air. La performance, ponctuée de libations et de chants en langue beti repris par le public, a suscité à la fois fascination et curiosité.
Slam et promotion des imaginaires africains
Le slam a ensuite pris le relais avec le jeune Kermiss, dont l’intervention a mis l’accent sur la nécessité de valoriser les imaginaires africains. « Nous devons réapprendre à nous réapproprier nos cultures », a-t-il déclaré devant un public attentif. La soirée a également été marquée par la remise des prix du concours d’écriture organisé avec le soutien de la maison d’édition Enidan Marketing, portée par l’écrivaine Nadine Nana Tangpi. Dans les catégories poésie et roman, plusieurs textes primés, notamment La malédiction d’une vierge, salué pour son ancrage dans les réalités contemporaines.
Luttes traditionnelles et danse Kana
La programmation s’est poursuivie avec des démonstrations de lutte traditionnelle, accompagnées de body painting et de percussions. Au plus fort de la nuit, la danse Kana a constitué l’un des temps forts. Autour d’un grand feu, les danseurs ont enchaîné figures et séquences rituelles, au rythme des tam-tams et du gong, instrument sacré utilisé dans certaines sociétés traditionnelles de l’Ouest-Cameroun, notamment au sein du Nkuifo.
Le rituel de la poule et la cuisson de viande dans l’huile de palme, les performeurs retournant les morceaux de viande à mains nues dans une huile chauffée à blanc, devant la grande surprise du public partagé entre l’émerveillement et la peur.
Un espace de transmission culturelle
Au-delà des performances, le Festival International Reconnection se présente comme un espace de dialogue entre traditions et modernité. À travers son thème annuel, il interroge la place des sociétés secrètes et des pratiques culturelles ancestrales dans un monde contemporain en mutation.
La soirée s’est achevée par trois prestations musicales, concluant un programme dense qui illustre l’ambition du festival : promouvoir le patrimoine culturel tout en offrant une plateforme d’expression aux artistes contemporains.
Preston Kambou








