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PRIX OUEST ECHOS DU VIVRE-ENSEMBLE DANS LA CATEGORIE POLITIQUE : Louis Paul Motaze, l’audace républicaine contre la dérive identitaire

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Sans ambages, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, remporte les suffrages du prix Ouest Echos du Vivre-Ensemble dans la catégorie politique. Avant de revenir sur le contexte, nous vous proposons ses propos tirés d’une vidéo du 25 mars 2025 à Sangmélima, devenue virale sur les réseaux sociaux. Dans un climat marqué par une surenchère tribaliste et xénophobe à travers le pays, il a choisi de ramer à contre-courant du laxisme ambiant face aux discours haineux, il a choisi de se dresser contre la stigmatisation identitaire, parfois tolérée – voire cautionnée- par certaines élites politiques. Son intervention, courageuse et sans équivoque, a fait plusieurs fois le tour des plateformes numériques : ” J’ai toujours été fermement opposé à la conception selon laquelle l’allogène représenterait un danger. Je ne partage pas cette vision. Mais alors, pas du tout. D’abord parce que je suis ministre de la République, et qu’en République, les allogènes sont partout. Chacun de nous est allogène quelque part. Dès que vous quittez votre lieu d’origine pour vous installer ailleurs, vous devenez l’allogène de quelqu’un d’autre.

Il ne faut donc pas considérer l’allogène comme quelqu’un qui serait, par essence, dangereux. Le président de la République a besoin de toutes les voix : les vôtres, mais aussi celles de ceux que vous appelez allogènes. Ce sont l’ensemble de ces citoyens qui participent au vote. Le président a besoin de toutes les voix, sans exclusion.

Cessez donc de considérer les allogènes comme des menaces. S’ils sont présents ici ou ailleurs, c’est parce qu’au Cameroun, la liberté d’installation est garantie : chacun peut vivre et travailler là où il le souhaite.

Chaque fois que l’on cède à la tentation de désigner les allogènes comme des dangers, les conséquences peuvent être graves. Par exemple, lorsqu’un drame survient quelque part, avant même toute enquête, certains accusent spontanément les allogènes. Sur quelle base ? Qui vous l’a dit ? Il faut faire preuve de responsabilité.

Adoptez un comportement responsable qui permette, lorsque vous vous adressez à ceux que vous qualifiez d’allogènes, qu’ils se sentent pleinement chez eux – ici, à Sangmélima comme partout ailleurs au Cameroun. “

Le courage de ces propos tenus par Louis Paul Motaze le 25 mars 2025 à Sangmélima se mesure à l’aune du contexte. Celui de populations s’en prenant à des ” allogènes ” dans certaines localités, avec parfois une validation tacite de leurs élites. Tous ne partagent pas ces dérives, certes. Mais dans de telles circonstances, nombreux sont ceux qui ont préféré détourner le regard et se taire, par calcul ou par prudence.

C’est précisément là que se situe l’audace de Louis Paul Motaze. En pleine période préélectorale, inflammable, polarisée et crispée sur les questions identitaires susceptibles de fracturer la société et de ruiner la cohésion nationale, il aurait été politiquement plus rentable de flatter les extrémistes de son propre camp, de céder à la facilité des discours de connivence. Quitte à vexer les plus irascibles, il a fait le choix inverse. Celui du principe républicain sur le réflexe partisan. Celui de la cohésion sociale sur la tentation de la surenchère. À ce jour, il demeure le seul responsable politique d’envergure à s’être exprimé avec une telle clarté sur cette question. Même dans l’Ouest, aucun leader politique ne s’est encore levé pour appeler explicitement les fils et filles de la région à éviter l’engrenage tribaliste. Dans un environnement où le silence est souvent stratégiquement confortable, sa prise de parole relève d’un acte de courage politique assumé – et rare. Et il mérite reconnaissance et encouragements.

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